L’impossible unité d’une Église en état de Concile
Peut-on pacifier l’Église hors de l’unité de foi ? C’est l’impossibilité à laquelle se heurte le pape Léon. Il bénéficie à ce jour de jugements globalement favorables : il apporte aux catholiques se reconnaissant dans le pontificat précédent, celui du pape Bergoglio, l’assurance d’une continuité sur le fond ; ceux qu’avait au contraire malmenés ou exaspérés le pape François le créditent d’un heureux changement quant au style, au sérieux, à la piété, malgré l’inquiétude que leur donnent les nominations successives et quelques autres gestes. Mais cette relative et fragile convergence n’est pas la paix de l’Église.
Dix-huit mois de pontificat
C’est comme continuateur de l’interprétation bergoglienne du Concile que Robert Prevost a été propulsé par un groupe de cardinaux vers l’élection du 8 mai 2025. En termes politiques, inadéquats mais fort pratiques, on dirait que Léon XIV a été élu comme un conciliaire de centre-gauche. Avec cette précision qu’il a été porté au Souverain Pontificat non seulement pour continuer, mais d’abord pour sauver cet héritage que le pape Bergoglio lui-même avait mis en péril par son caractère, ses outrances et ses contradictions. Il était donc nécessaire de rendre ce legs plus pacifié dans sa présentation. Ce qu’entend faire le pape Prevost, homme sérieux, pieux, méthodique, pour lequel la continuation de l’application de Vatican II est un devoir de conscience.
On peut résumer les acquis du pontificat bergoglien en deux ou trois de ses textes, l’un qui confirme l’ouverture libérale de Vatican II du point de vue de l’ecclésiologie en l’étendant au domaine de la morale, l’autre qui consacre le caractère refondateur de la liturgie conciliaire :
- Amoris lætitia a ouvert en effet des brèches de « miséricorde » dans l’indissolubilité du mariage (possibilité d’accueillir sacramentellement les personnes en situation de « fragilité », c’est-à-dire de faire accéder à l’absolution et à la communion les divorcés remariés restant dans leur état) et aussi la déclaration Fiducia supplicans [1] ;
- Traditionis custodes a ravalé le rite traditionnel au niveau d’une tolérance très encadrée.
François a ainsi balayé, sans doute définitivement, l’interprétation modérée du Concile, celle de Jean-Paul II et de Benoît XVI, qui tendait la main vers les aires traditionnelles et conservatrices nostalgiques de la liturgie et de la doctrine d’avant, pour des motifs divers (récupération, mais aussi correction des « excès » théologiques et liturgiques). On peut donc dire du pape Léon qu’il se place dans la ligne résolument conciliaire du pape François, mais qu’il voudrait assumer cet héritage de manière pacifiée. Ce qui est vouloir dessiner un cercle carré.
Il a d’ailleurs commencé par un acte anti-marial, aussi peu pacifiant que possible. Le Dicastère de la Doctrine de la Foi a publié la note doctrinale Mater populi fidelis du 4 novembre 2025, qui dénie l’opportunité d’appliquer à la Sainte Vierge les titres de Corédemptrice et de Médiatrice de toutes les grâces, malgré l’usage qu’en ont fait plusieurs papes et l’explication théologique qu’ils en ont donnée. Par méfiance de type janséniste pour un culte marial « exagéré », on réduit les implications de la coopération subordonnée mais spécifique de la Vierge Marie dans l’œuvre du salut du fait de sa maternité divine.
Puis est venue la confirmation de l’exhortation apostolique Amoris lætitia de 2016 par la célébration de son dixième anniversaire, avec l’organisation d’une réunion de tous les présidents des conférences épiscopales destinée à faire le bilan de son application. Cette confirmation d’un acte bergoglien pourrait apparaître plus prudente. En effet, les passages contestés du chapitre VIII de l’exhortation ne sont évoqués par le pape qu’allusivement (« accompagner, discerner et intégrer la fragilité », citation d’AL, message du 19 mars 2026). Mais cependant Amoris lætitia est qualifiée par lui de « message lumineux d’espérance ». Ses dispositions libérales ne sont nullement remises en question (le prêtre et le fidèle divorcé remarié cheminent ensemble en examinant la situation de ce dernier avec des critères de discernement, et si la conscience de ce fidèle qui chemine est éclairée positivement au sujet de sa situation, le prêtre valide pastoralement son accès aux sacrements de pénitence et d’Eucharistie).
Quant à la confirmation de Traditionis custodes, outre que le Préfet du Dicastère du Culte divin, Arthur Roche a renouvelé des déclarations sur son maintien, il y a, en plus de la non-autorisation pour le pèlerinage international Summorum Pontificum de célébrer la messe dans Saint-Pierre de Rome, cette stupéfiante interdiction signifiée par le Substitut de la Secrétairerie d’État d’y entrer en procession afin d’y prier, comme si les catholiques attachés à la liturgie traditionnelle étaient de soi suspects.
Quel « programme de pontificat » ?
Le voyage pontifical en France de la fin du mois de septembre dit beaucoup sur le « programme » de pontificat. Le pape y a bénéficié d’une conjoncture très favorable : le fait que le président Macron ait offert de lui-même l’axe Concorde-Champs-Élysées jusqu’au-delà de l’Étoile pour la principale messe du pape, la large couverture de la visite par les médias qui faisait écho à l’intérêt du public et qui le renforçait, la satisfaction pour le catholicisme français de ressurgir un moment dans l’espace public, une organisation millimétrée supervisée par le cardinal Aveline, le choix délibéré d’une scénographie classique, type Puy-du-Fou, au stade de France pour 80.000 jeunes catholiques très classiques, voire traditionnels.
La principale épine pour ce voyage était que l’on venait d’adopter en France, le 18 août, une loi « d’aide à mourir » dont on attendait que le pape Léon la réprouverait, ce qu’il fit en effet : « Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée » (Lourdes, 27 septembre).
La réprobation de l’avortement (constitutionnalisé !) a été plus allusive. Et Léon XIV s’est abstenu de revenir sur l’institution du « mariage » pour personnes de même sexe. Ces réprobations, qui ont culminé dans « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral » (27 septembre), ne dénonçaient qu’implicitement l’illégitimité de lois iniques. En fait, le pontife, plus qu’un enseignement contraignant pour la société, émettait le point de vue catholique. Il a d’ailleurs bien précisé que « selon la conception qu’a l’Église de la séparation entre l’Église et la politique, ou entre l’Église et l’État, [il n’avait] pas franchi cette ligne » (réponses aux questions des journalistes dans l’avion de retour, le 28 septembre).
On peut le regretter, mais c’est un fait : les autorités de l’Église ont, depuis le XIXe siècle, opté pour la reconnaissance des « pouvoirs établis » s’inspirant des principes de la Révolution, et donc du décrochement des lois civiles issues de la volonté générale par rapport à la loi naturelle. Plus gravement, depuis Vatican II, elles ont cessé de condamner magistériellement ces principes nouveaux. Elles se trouvent ainsi aujourd’hui dans une situation où elles fréquentent normalement les représentants de pouvoirs politiques qui émettent des législations de plus en plus clairement en rupture avec la loi de Dieu. La solution – héroïque, comme l’est la confession de la foi dans les circonstances difficiles – serait de n’avoir que des rapports purement instrumentaux avec des pouvoirs considérés comme pouvoirs de fait, à la manière dont le Saint-Siège en usait avec les États communistes (il est vrai que, même dans ce cas, il y a eu et il y a des complaisances, comme on le vit avec l’Ostpolitik du cardinal Casaroli et on le voit aujourd’hui dans les accords avec la Chine).
Les propos du pape Léon sur la laïcité étaient d’ailleurs du plus grand intérêt pour connaître sa conception de la laïcité. Il faut préciser que le premier jet des discours pontificaux avait été préparé, comme c’est l’usage, par un prélat français, dont l’horizon était la laïcité à la française, puis avait été revu par le pontife lui-même et son secrétariat. Au total, les paroles du pape marquaient deux inflexions, sans prétendre que chacune venait strictement de l’une ou l’autre source. Ainsi, dans le discours au palais de l’Élysée, du 25 septembre, on trouvait :
- Une chaleureuse approbation des acquis des Lumières et des Droits de l’Homme assimilés à la liberté religieuse. « Aux célèbres penseurs de la Renaissance, puis du Grand Siècle, feront suite ceux des Lumières, la France apportant alors au monde de véritables conquêtes ; parmi elles, la reconnaissance des Droits de l’homme, inscrits dans la nature de la personne humaine, en particulier la liberté religieuse. Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement. »
- Mais aussi un plaidoyer pour une laïcité inclinant vers une laïcité à l’Américaine. « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. […] Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun. »
En tout cas, on reste à des années lumières du modèle de la société chrétienne : on est après Vatican II.
Un peu de latin dans le nouvel Ordo
Un thème revient constamment dans les propos de Léon XIV sur la liturgie : accueillir les sensibilités diverses, mais dans le cadre des normes liturgiques conciliaires.
Ses propos les plus clairs sur le sujet de la liturgie ancienne, très brefs au reste, se trouvent dans quelques paragraphes de son livre d’entretiens avec la journaliste Elise Ann Allen, Léon XIV, pape missionnaire d’une Église mondialisée[2]. Selon lui, l’attrait pour la messe tridentine viendrait des « abus » trop souvent commis dans la célébration de la nouvelle liturgie : « Les “abus” dans ce que nous appelons la messe Vatican II n’ont pas aidé les personnes qui recherchaient une expérience plus profonde de la prière, un contact avec le mystère de la foi qu’elles semblaient trouver dans la célébration de la messe tridentine. » Il suffirait donc de célébrer dignement la nouvelle liturgie pour détacher les nostalgiques de l’ancienne : « Eh bien, si nous célébrons la liturgie Vatican II de manière appropriée, trouvez-vous vraiment une grande différence entre cette expérience et celle-là ? »
Il savait que le problème liturgique est plus brûlant en France plus que partout ailleurs, qu’il y est même « traumatique », comme le dit Jean-Marie Guénois, du Figaro[3]. Les propos du pontife ne furent qu’allusifs, mais sur le même thème : accueil dans l’intégration à la nouvelle liturgie.
Ainsi, avant le voyage, par l’intermédiaire d’un message aux évêques de France, du 18 mars, adressé en son nom par le cardinal Parolin, Secrétaire d’État, il avait évoqué la « croissance des communautés liées au Vetus Ordo. » Il demandait aux évêques de trouver des « solutions concrètes », en leur indiquant sa ligne : « inclure généreusement les personnes sincèrement attachées au Vetus Ordo », non pas purement et simplement, mais « dans le respect des orientations voulues par le Concile Vatican II en matière de liturgie. » On retrouve des propos semblables dans les « Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère », Venite ad me, du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, publiées le 22 octobre dernier, qui parlent de permettre l’accès des fidèles aux « différentes sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique » et à leur mise en valeur, mais « dans le respect des normes liturgiques en vigueur » (n. 94).
La liturgie papale à Paris, Lourdes, Metz, fut particulièrement « digne », réglée au cordeau, avec de beaux ornements, quelques chants latins. On a noté ces paroles dans l’homélie des vêpres à Notre-Dame, le 25 septembre, qui suivaient un passage regrettant les « abus » trop fréquents dans les célébrations : « La liturgie reste en cela un reflet de la vie. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours. C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. »
À Lourdes, de même, aux évêques de France, le 27 septembre : « À ces enjeux s’ajoute un autre défi qui peut susciter une certaine inquiétude pour l’avenir : celui de l’unité. […] Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, “principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion” (LG, n. 18). Il s’agit d’une unité dynamique qui se nourrit de la Tradition de l’Église – des Pères jusqu’au Concile Vatican II –, et du Magistère postconciliaire. Par ailleurs, elle s’enrichit dans le dialogue réciproque, partant de la foi, selon un style synodal que nous cherchons à approfondir ces derniers temps. »
Pour considérer les rapports du pape Léon avec le rite traditionnel, il faut aussi prendre en compte l’étonnante sévérité dont il a fait preuve vis-à-vis de ce fortin de la liturgie traditionnelle que représente la Fraternité Saint-Pie-X après les consécrations épiscopales réalisées à Écône le 1er juillet dernier. La déclaration de l’excommunication des consacrants et des consacrés par un décret du cardinal Fernandez, Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi le 2 juillet, était attendue. Mais en outre, une note explicative suivait immédiatement le décret pour constater que les ministres sacrés, prêtres et diacres de la Fraternité Saint-Pie-X étaient « en état de schisme et [devaient] donc être considérés comme schismatiques, étant soumis à l’excommunication prévue par la loi (can. 1364 § 1 CIC)[4] ». Une simple note rejetait ainsi sans procès hors de l’Église les quelque 800 prêtres de la FSSPX. Rome urgeait la séparation, comme pour se débarrasser du fardeau de la sécession liturgique.
Il n’est cependant pas exclu que Léon XIV l’indéchiffrable n’en vienne à une plus grande tolérance devant la persistance de la liturgie traditionnelle, de la jeunesse, de la fécondité vocationnelle et de l’importance relative des fidèles qui y sont attachés, et ce au sein d’une institution qui disparaît peu à peu socialement. Mais pour l’heure, on en reste à la pleine application de Traditionis custodes et du principe posé en son n. 1: « Les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, sont la seule expression de la lex orandi du rite romain. »
Il est vrai cependant qu’alors que, sous François, aucune permission n’a été accordée de dire la messe traditionnelle aux prêtres ordonnés après 2021 qui en faisaient la demande, quelques-unes, très rares, l’ont été sous Léon XIV, au nombre desquelles celles concédées aux quatre nouveaux prêtres des Missionnaires de la Miséricorde divine. Mais les restrictions de Traditionis custodes continuent de s’appliquer : ainsi, dans l’archidiocèse de Toronto, au Canada, de sévère restrictions à la messe traditionnelle ont été mise en place depuis le dimanche 20 septembre dans les communautés desservies par l’Oratoire de Saint Philippe Néri (les célébrations traditionnelles devant être remplacées une fois par mois par le Novus Ordo et les autres sacrements étant prohibés).
Rentré à Rome, le 30 septembre, avant que n’intervienne son hospitalisation à la clinique Gemelli, le pape Léon recevait Mgr Tomáš Holub, évêque tchèque de Plzeň, un des champions de la synodalité, qui venait lui parler notamment de la généralisation de la communion des laïcs au calice, censée héritée des permissions accordées au XVe siècle aux hussites modérés, les utraquistes (communion sous les deux espèces, sub utraque specie). Ce même évêque, dans un article, « Synodalité et Novus Ordo Missae », du 21 juillet sur le blog Come Se Non, dirigé par le fameux Andrea Grillo, professeur à l’Institut Saint-Anselme, déclarait que, comme tel, le Vetus Ordo exprime une ecclésiologie qui « ne répond plus aux besoins d’aujourd’hui ». Le Novus Ordo est désormais la norme, commentait Andrea Grillo, dans lequel rien n’empêche d’inclure les expressions de diverses sensibilités.
Mgr Tomáš Holub voit juste : le Vetus Ordo ne correspond pas à une simple sensibilité, mais à une autre ecclésiologie. Il est aussi illusoire de vouloir le passer au filtre de la liturgie réformée que de vouloir harmoniser Mortalium animos de Pie XI (la vraie unité ne peut se faire que par un retour des séparés à l’Église catholique) avec l’œcuménisme d’Unitatis redintegratio.
L’impossible unité
Le rétablissement de l’unité liturgique sera donc la croix de Léon XIV, comme elle l’a été de tous les papes qui l’ont précédé depuis le Concile. Cependant une circonstance lui est favorable, celle du renouvellement des générations. Les organisateurs du voyage pontifical en France avaient d’ailleurs ciblé – ils n’avaient guère le choix – un public catholique jeune, « qui aime la messe en latin », comme disent mi-figue les évêques de France. Or, ces jeunes générations traditionnelles, que l’on pourrait nommer « néo-traditionalistes », sont très fluides, assistant à des messes traditionnelles mais aussi à des liturgies nouvelles « dignes », dites « carrées » dans le langage de la tribu. « Carrées » ou « dignes » comme les messes du pape ?
Sauf que la liturgie ancienne est digne au carré, si l’on veut nous permettre l’expression. De soi étrange et inassimilable, elle reste un étalon pour les jeunes prêtres classiques et pour les jeunes fidèles qu’on qualifie d’identitaires. À supposer qu’une liturgie nouvelle « digne » et « sans abus » puisse devenir la norme, ce qui relève du rêve, le principal « abus » sera toujours qu’elle est nouvelle. Comme telle, elle restera comme impuissante, bien plus faible que les formes cultuelles traditionnelles pour exprimer la lex credendi. Aussi bien, soixante ans après la réforme de Paul VI, son « saccage liturgique » et son « massacre du rite »[5], c’est paradoxalement la liturgie qu’elle a voulu détrôner qui apparaît comme toujours jeune et nouvelle.
Son secret, si l’on peut dire est qu’elle est éminemment doctrinale, selon le genre littéraire qui est le sien. D’ailleurs, à sa célébration se joint très concrètement l’enseignement de la doctrine ancienne : si, en bien des villes grandes et moyennes de France, la messe ancienne voit son public en croissance constante, c’est notamment parce que les prêtres qui la célèbrent offrent aussi aux enfants un solide catéchisme à l’ancienne.
On ne saurait restaurer l’unité autour du magistère de Vatican II, aussi vague que celui de Trente est tranchant. Et l’on peut dire la même chose de l’une et l’autre messe. Symptomatique est à cet égard le fait que les évêques, qui étaient dits jadis gardiens de la foi, se veulent aujourd’hui gardiens de l’unité. De cette unité, tant les papes de restauration, Jean-Paul II et Benoît XVI, que François, pape de progrès, n’ont pu même maintenir la fiction. Léon XIV, qui hérite du legs de François et plus largement de celui Vatican II, ne pourra mieux faire.
Abbé Claude Barthe
[1] Il faut souligner qu’on a retenu qu’elle permettait de bénir des couples de même sexe, alors que, plus largement elle permet de bénir « les couples en situation irrégulière », autrement dit les couples de divorcés remariés, pour lesquels les bénédictions étaient déjà relativement courantes.
[2] Éditions du Rocher/Artège, 2025. Voir en anglais l’entretien original sur le site de Crux : Le pape Leo s’entretient avec Elise Ann Allen de Crux sur les questions LGBTQ+ et la liturgie.
[3] Émission « En quête d’esprit » dirigée par Aymeric Pourbaix, sur la chaîne CNews, le 13 septembre, dans laquelle intervenait le grand ordonnateur du voyage pontifical, le cardinal Aveline, président de la Conférence des Évêques.
[4] Ce texte veut s’inspirer d’une note de Mgr Herranz, Secrétaire du Conseil d’Interprétation des Textes législatifs, du 24 août 1996, donnant son avis (il faisait « quelques considérations et suggestions ») sur la situation canonique des prêtres de la FSSPX, dont il estimait qu’ils manifestaient une « adhésion formelle » au schisme. Avis dont il n’a pas été tenu compte en 2009, où il n’a paru nécessaire que de lever l’excommunication des évêques de la FSSPX.
[5] Cristina Campo, Les Impardonnables, Gallimard, 1992.